Skip to content

Chant et musique de fanfare pour une population de condition modeste

Voici un sujet un peu pointu, parce que local. Mais, en même temps, universel. La ville de Québec est divisée en basse-ville et haute-ville. Historiquement, la basse-ville — le faubourg Saint-Roch et le quartier Saint-Sauveur — a toujours été habitée par une population de condition modeste, beaucoup ouvrière.

Or, ces gens, pour y entendre du chant choral ou de la musique de fanfare, devaient monter à la haute-ville et se rendre à l’Académie de musique, rue Saint-Denis, une salle de spectacle, ou, en été, au kiosque de la terrasse Dufferin, appelée alors terrasse Frontenac. Là, une fanfare de militaires, l’Artillerie royale, dirigée par Joseph Vézina, lui-même militaire, compositeur et fondateur en 1903 de l’Orchestre symphonique de Québec, y allait de son répertoire. Les fanfares sont alors très en vogue dans les villes et villages du Québec.

Voilà qu’en 1885, un groupe de citoyens de Saint-Sauveur fondent une chorale, l’Union Lambillotte. Trois ans plus tard, on se convainc d’élargir le mandat et de se donner une fanfare. Aussi lance-t-on un appel au public pour obtenir son appui.

Le journal Le Canadien du 23 janvier 1889 fait écho à cette initiative et encourage ses lecteurs à y apporter leur appui. Contribution à une histoire de citoyens qui prennent leur sort en main.

L’Union Lambillotte, société musicale fondée en 1885, a fait son entrée officielle au jubé de l’orgue de l’église paroissiale de St-Sauveur, le 8 décembre dernier, et ce grâce à la bonté des RR. PP. Oblats, que cette Union fera désormais les frais du chant dans cette église.

S’étant minutieusement adonnée à l’étude de la musique, cette société occupe aujourd’hui un rang enviable dans notre monde musical. Elle possède de plus une bannière fort riche qui lui permet de figurer avec distinction dans nos grandes fêtes nationales et religieuses.

Mais non contente de ses succès rapides, l’Union Lambillotte désire faire un pas de plus dans la voie du progrès en fondant une fanfare connue sous le nom de «Fanfare de Québec-Est». Cette fanfare prêtera particulièrement son concours aux Unions St. Joseph de St. Sauveur et St. Roch, aux actions de la société St. Jean-Baptiste, et aux autres sociétés de bienfaisance.

De plus, elle cherchera dans les belles soirées d’été à égayer la population de Québec-Est en jouant les meilleurs morceaux de son répertoire sur les places St. Pierre [dans Saint-Sauveur] et Jacques-Cartier [dans Saint-Roch] et sur le boulevard Langelier [qui sépare les quartiers de Saint-Roch et Saint-Sauveur].

Le nombre des instruments est fixé à 26 ou 37 [sic] suivant la générosité des citoyens.

Ces instruments seront faits sur commande et coûteront naturellement un prix très élevé. Dans le but de défrayer ces dépenses, il sera adressé aux citoyens de St-Sauveur et St-Roch une lettre circulaire les invitant à souscrire la modique somme d’une piastre afin de permettre à tous de contribuer à cette fanfare que chacun pourra considérer comme sa propriété. Il va sans dire que la reconnaissance de l’Union Lambillotte est acquise d’avance à ceux qui voudraient bien souscrire un montant plus élevé.

En vue de fournir à la population industrielle au sein même de ses localités respectives les amusements qu’elle est contrainte d’aller chercher sur la terrasse Frontenac, l’Union Lambillotte s’est déjà adressé au Conseil municipal de St. Sauveur lui demandant de souscrire un certain montant pour cette fanfare. Quant  la construction d’un kiosque et la pose de bornes sur le boulevard Langelier d’un côté jusqu’à la rue St. Valier, de l’autre, jusqu’à la rue St. Joseph, l’Union a l’intention d’adresser une demande à ce sujet à la corporation de Québec. Ce kiosque sera un lieu de rafraîchissement. On  y trouvera des liqueurs douces tout comme au kiosque de la terrasse Frontenac.

La fanfare se fera entendre du balcon du kiosque, de sorte que les promeneurs des rues St-Joseph et St-Valier y trouveront leur compte sans se déranger le moins du monde. Nul doute que les conseillers de ces deux municipalités se feront un plaisir d’accéder à une demande aussi raisonnable.

Il est grandement temps qu’une population, chez qui le goût de la musique est si prononcé, ait sa fanfare à elle. Qui lui permette, après les longues heures de fatigue, de jouir de l’air frais tout en se délectant de la bonne musique que cette fanfare ne manquera pas leur faire goûter.

Quant au succès et à la bonne administration de ce corps de musique, il suffit de dire que la direction de cette fanfare sera sous le contrôle de l’Union Lambillotte, et que leur expérience consommée dans l’organisation et l’administration de sociétés musicales offre aux souscripteurs toute la garantie voulue.

Ainsi donc nos félicitations sincères à l’Union Lambillotte pour leur esprit d’entreprise et de progrès; nous espérons que le public intéressé se rendra généreusement à l’appel qui leur sera fait sous peu. L’Union Lambillotte tiendra le public au courant des progrès de la nouvelle fanfare, et si l’on souscrit généreusement et sans retard elle ose espérer que la fanfare dite de «Québec-Est» fera son début dès la prochaine fête de St-Jean-Baptiste.

 

Personnellement, je suis heureux que cet article non signé se révèle soudain, car, dans mes recherches, j’ai souvent vu passer cette étrange mention de l’Union Lambillotte. Je constatais que l’organisme était fort présent dans les quartiers populaires de Québec, mais il m’était impossible d’en causer davantage.

L’illustration est parue dans Le Monde illustré du 10 décembre 1898. On la retrouve sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, au descripteur «Fanfare Lambillotte de St-Sauveur de Québec».

Contribution à une histoire des fanfares au Québec.

10 commentaires Publier un commentaire
  1. paul andre alain #

    Je suis ne en novembre 1949 sur la rue DeMazenode, de biais avec la maison des Oblas. En face de chez nous il y avait un edifice dans lequel ma maman nous disait que la fanfare lambilotte pratiquait. Je pense que cette fanfare a ete l’ancetre de la garde paroissial de St-Sauveur.

    Bien a vous

    5 mars 2015
  2. Jean Provencher #

    Ô merci beaucoup, cher Monsieur Alain !

    6 mars 2015
  3. Jean-Paul Hamel #

    Bonjour monsieur Provencher.
    J’ai beaucoup aimé ce reportage sur les débuts de la fanfare Lambilotte de Saint Sauveur étant moi même de ce quartier
    soit Saint Malo où j’ai joué, au collège,de la tambourinne et fait mes débuts comme clarinettiste. Par la suite je me suis inscrit à des cours donnés par m. Raoul Vézina qui nous permettait d’accéder à la grande fanfare St-Jean Baptiste après trois mois si on réussisait nos examens.J’ai joué de la clarinette et du saxophone dans cette merveilleuse fanfare au moins de 1945 à 1950. Je cherche des documents ou des photos de cette fanfare et jusqu’à maintenant ça me parait impossible.Si vous en avez en votre possession je suis prêt à me les procurer.Merci à vous.
    Jean-Paul Hamel.

    27 juillet 2015
  4. Jean Provencher #

    Merci beaucoup, cher Monsieur Hamel, de votre précieux témoignage !
    Malheureusement, je ne possède pas de photographie de votre fanfare. Je me demande si, en allant aux archives de la Ville de Québec, au quatrième étage de la Bibliothèque Gabrielle-Roy, dans le faubourg Saint-Roch, vous n’arriveriez pas à en trouver.
    Bonne recherche !

    27 juillet 2015
  5. Réjean Lortie #

    Bonjour.

    Mon grand-père jouait dans les fanfares Lambillotte et de Limoilou.
    Une autre photo existe de la fanfare Lambillotte en 1940. On la trouve dans le livre de Dale Gilbert (Vivre en quartier populaire p.240). Mon grand-père y est présent.
    J’aimerais bien obtenir d’autres photos de ces fanfares. savez-vous où je pourrais en trouver?

    27 octobre 2016
  6. Jean Provencher #

    Cher Monsieur Lortie, si vous n’en trouvez pas au service des archives de la ville de Québec (Bibliothèque Gabrielle-Roy, quatrième étage), je ne sais où il s’en trouverait. Bonne chance.

    27 octobre 2016

Trackbacks & Pingbacks

  1. Chant et musique de fanfare pour une population de condition modeste
  2. Un fantôme à Stadacona
  3. Où allons-nous depuis le 24 mai ? | Les Quatre Saisons
  4. Mon ami Denis vient de partir à l’instant

Publier un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Vous pouvez utiliser des balises HTML de base dans votre commentaire.

S'abonner aux commentaires via RSS