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Le Moucherolle phébi

Voilà un oiseau qui ne craint pas la présence humaine. Il y a cinq ou six ans, chez moi, il avait commencé la fabrication de son nid sur une poutre sous le toit de la galerie arrière. Mais, même en prenant toutes les précautions, à tant ouvrir et refermer la porte arrière, je l’ai effrayé et il a décidé d’oublier son projet et de construire plutôt son nid dans un arbre adossé à la grange, à quelques pas de la maison. L’oiseau tenait quand même à son intimité.

Le naturaliste James M. LeMoine, dans son Ornithologie du Canada (1861), dit qu’on observe au Québec environ dix espèces de moucherolles ou «gobe-mouches» pendant la belle saison. «Les Moucherolles se nourrissent principalement d’insectes ailés, et sont forcés de chercher leur pâture dans les airs; en effet, ils descendent rarement à terre : ils se tiennent en embuscade sur les branches et souvent au sommet des arbres, d’où ils fondent sur leur proie au moment qu’elle se montre à leur portée. Cette manière de vivre contribue beaucoup à leur donner l’air triste et inquiet qui les caractérise, et les fait aisément distinguer des Fauvettes, avec lesquelles plusieurs ont de l’analogie dans le chant, la taille et le plumage. […] Naturellement taciturne, sauvage et solitaire, le Moucherolle vit isolé de ses pareils; on le voit toujours seul, si ce n’est dans la saison des amours, où l’on rencontre quelquefois le mâle et la femelle ensemble. La plupart se plaisent dans les forêts ou les bosquets, et très peu fréquentent les campagnes découvertes.»

Malheureusement, LeMoine et Charles-Eusèbe Dionne [Les Oiseaux du Canada, 1883] confondent le Moucherolle phébi et le Pioui de l’Est. Ce n’est qu’en 1906 [Les Oiseaux de la Province de Québec] que Dionne lui donne son plein statut et l’appelle le Moucherolle brun [Sayornis phoebe, Eastern Phoebe]. À son sujet, il écrit : «M. Wintle dit qu’il est commun en été à Montréal, mais on le voit assez rarement à Québec. (…) On voit ce Moucherolle presque toujours perché sur une branche sèche, à la lisère du bois ou sur un arbre isolé, dans le but de donner la chasse aux insectes ailés aussitôt qu’il les aperçoit.»

P. A. Taverner, dans Les Oiseaux de l’Est du Canada (1920), l’appelle lui aussi Moucherolle brun et souligne les faits suivants à son sujet : «Ce moucherolle niche de préférence sur les solives des vieux ponts au-dessus de quelque petit ruisseau où il trouve dans l’atmosphère surmontant le cours d’eau une ample provision d’insectes. Dans bien des parties de ce pays, il n’y a guère un pont, où l’on ne rencontre pas un couple de moucherolles en été. Toutefois, ses nids de boue ne s’aperçoivent pas seulement sous les ponts, car l’on en trouve collés aux moindres saillies sous les gouttières des édifices ou même sous les porches des habitations. C’est un oiseau doux et familier qui s’approche facilement de l’homme quand on l’attire.»

Dans Charmants Voisins (1940), Claude Melançon écrit : «Le Phoebé est un oiseau de la campagne. Nous le voyons rarement en ville, mais il vaut la peine qu’on se dérange pour le regarder travailler. On le trouvera, sans trop de recherches, probablement près d’un pont ou d’un ponceau, la queue agitée de secousses nerveuses et ses yeux noirs, piqués dans sa tête carrée, surveillant les passants aériens d’un air supérieur.»

Guy Lemieux et Jean-François Rail, dans Les oiseaux nicheurs du Québec, Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, sous la direction de Jean Gauthier et Yves Aubry (Montréal, 1994), notent que, comme l’oiseau fréquente les milieux ruraux et qu’il est insectivore, il est sans doute affecté, jusqu’à un certain point, par l’usage intensif des pesticides en milieux rural, agricole et forestier.

Ajouterais-je que depuis bientôt 40 ans, aucun pesticide ne fut utilisé dans mon lieu de vie. Cet endroit, véritable Arche qui accueille tout être vivant qui le veut bien, est donc en santé. Place aux insectes et aux insectivores !

P. S. On dit qu’il aime revenir vivre l’été sur les lieux qui l’ont vu naître.

8 commentaires Publier un commentaire
  1. j ai un couple de moucherole phébi et je me demande combien de porter ils ont .Les petits sont partis et deux reste encore dans les environ a entré dans leurs nid , je me demande si c est les parents ou si c est les bébés qui vont avoir une porté a leur tour.Deux de 4 bébés ce sont tuer dans les grande fenetres de la maison.J étais bien triste.

    JOSETTE
    NEUVILLE,QUÉBEC

    14 juillet 2015
  2. Jean Provencher #

    Excellentes questions que vous vous posez, chère Madame. Je ne sais si, sur internet, nous ne pourrions pas obtenir réponses à vos questions.

    Au sujet des oiseaux qui se frappent dans les fenêtres à cause de l’effet-miroir, il se vend des décalques translucides au magasin Le Naturaliste, à Place de la Cité, à Québec, qui font merveille et évitent ce genre d’événements. Moi-même, je peux le vérifier; et des amis ont mis fin à ces mortalités d’oiseaux grâce à ces décalques. Sûrement qu’à Montréal on trouve une boutique pour naturalistes où ces décalques sont disponibles. Bonne chance avec vos beaux phébis.

    14 juillet 2015
  3. silvana #

    À Hudson, à l’ouest de Montréal existe un organisme de refuge qui héberge, soigne et relâche les oiseaux qui leur sont confiés. Il y a une boutique en ligne où sont vendue semblables décalques. 450-458-2809

    Vous pouvez aussi communiquer avec :Nature expert-Centre de conservation sur la faune ailée 1-855-647-3289, rue Bellechasse à Montréal dans Rosemont. Boutique en ligne aussi.

    Bonne chance

    14 juillet 2015
  4. Jean Provencher #

    Merci beaucoup, chère Silvana, de ces précieux renseignements.

    14 juillet 2015
  5. silvana #

    Oups! L’organisme s’appelle le Nichoir de Hudson. 637 Main Road Hudson

    14 juillet 2015

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