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Le parc d’amusement idéal, dit-on

Grande nouvelle : Montréal aura son Coney Island ! On l’espérait. Voilà que ça se concrétise. La Patrie l’annonce le 12 mai 1906.

Montréal aura décidément son Coney Island, et à quelques trois milles seulement de la métropole, en un des endroits les plus enchanteurs de notre beau fleuve, perché sur l’escarpement de la rive qui commande de ce site les pittoresques îles de la baie de Boucherville et le panorama de la rive sud jusqu’au pont Victoria.

C’est du moins l’impression qui résulte d’une visite faite hier après-midi par les journalistes au parc Dominion, de la Longue Pointe, sous la conduite prévenante autant qu’aimable de M. H. A. Dorsey, le sympathique président de la compagnie qui a décidé de doter notre ville d’un parc d’amusements et de merveilles qui ne le cédera sous aucun rapport à ceux des capitales de l’étranger.

Montréal aura maintenant son Coney Island, avec ses tramways russes, ses palais de merveilles, ses théâtres électriques, ses grottes enchanteresses, ses caveaux sous terre, ses tours étincelantes d’électricité, ses représentations sensationnelles, ses musées de curiosités, enfin tout ce que l’imagination peut rêver d’attrayant et de divertissant.

Pas moins de 800 ouvriers sont actuellement occupés à mettre la dernière main aux travaux de cette installation monstre qui devra être ouverte au public avant la fête de la Reine. Voici quelques notes extraites au hasard du carnet de notre reporter, qui donneront une faible idée de l’entreprise eiffelesque qui se poursuit présentement aux confins de Maisonneuve.

Le chemin de fer scénique a 4400 pieds de long, soit tout près d’un mille. La voie ferrée monte ou descend des courbes de 45 degrés d’inclinaison, pour déboucher ensuite, après être passée par des grottes lumineuses, sur la rive du fleuve, d’où l’œil pourra embrasser un spectacle unique en son genre. Quelques-unes de ces montagnes russes ont jusqu’à 52 pieds de hauteur. Le trajet durera environ trois minutes et ne coûtera que 10 cents.

Le trajet du Vieux Moulin ne sera pas à dédaigner non plus. Ici, l’eau remplace la traction sur lisses. On canote dans des grottes merveilleuses où la transition de la nuit sombre au clair soleil joue le principal rôle.

Et le «shoot the chute» qu’un auteur français a appelé la glissade aquatique ! Avec la rapidité de l’éclair, les embarcations qui partiront d’une tour de 100 pieds de haut parcourront environ 400 pieds pour tomber dans un large bassin d’eau, tout au pied de la tour, et qui sera éclairée par pas moins de 7,000 lumières électriques et surmontée d’un immense projecteur.

Et que dire des autres attractions : de l’incubateur à bébés où sera en permanence tout un service médical, médecins attitrés, infirmières, nourrices diplômées, etc.; du palais d’Aladin; du pont des fantômes; du château des mystères, où les escaliers descendent au lieu de monter, ou le plancher se meut, où le plafond tombe, où le vent nous souffle dessous, où des sifflets mystérieux nous cornent les oreilles, où des pans de miroirs égarent constamment notre marche; de la reproduction de la terrible inondation de Johnston; du grand tourniquet électrique, haut de 85 pieds et dont les nacelles transporteront les passagers à 35 pieds de hauteur; d’une immense salle de danse de 160 pieds de long; d’un restaurant aménagé à la façon la plus moderne ? Nous en passons et des meilleures.

Qu’il nous suffise de dire que le parc Dominion contiendra en tout une quarantaine de bâtiments dont chacun représentera une attraction spéciale qui méritera d’être vue. À part cela, il y aura les attractions spéciales de la semaine, les numéros sensationnels tel que haut plongeon, ballon dirigeable, marche sur un fil de fer à des hauteurs prodigieuses, concert après-midi et soir par un des meilleurs corps de musique d’Amérique, etc.

Enfin quinze arpents carrés de tout ce que le génie américain a pu trouver d’attrayant, de récréatif, d’étrange ou de curieux, et ce n’est pas peu dire puisque l’Américain est passé maître en cet ordre de choses.

Ajoutons, avant de terminer, que l’esprit qui a présidé à cette gigantesque entreprise a eu avant tout la précaution de voir à la sécurité publique absolue. Toute possibilité quelconque de danger a été sérieusement éliminée. On a voulu sincèrement faire du parc Dominion le rendez-vous de la famille pour se récréer honnêtement, sainement. Et on semble y avoir réussi.

 

Publicité paru dans L’Album universel du 26 mai 1906. Elle se trouve à l’adresse suivante : http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/illustrations/accueil.htm, au descripteur «Dominion Park Montreal (Parc d’attraction)».

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