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Des saltimbanques venus d’Europe

Le 30 avril 1895, arrive à Québec un premier vapeur venu d’Europe avec 613 passagers. Deux jours plus tard, le Quotidien de Lévis se réjouit.

Le Sardanian nous a amené une tribu bien intéressante, six familles turques, quatre ours et cinq singes, en tout 44 individus, tant têtes que hommes, femmes et enfants. Ces nomades sont vêtus, ou plutôt affublés de haillons multicolores, les enfants de vieux habits trop grands et les femmes de restes de fichus de tous les pays. La plupart d’entre eux ont été élevés en France et parlent un français très pur. Leur intention est sans doute de donner des exhibitions dans les rues.

Le 7 mai, le Quotidien ajoute : Les Turcs accompagnés d’ours et de singes et qui sont arrivés d’Europe dernièrement se sont réfugiés dans le bois Gomin. Selon le répertoire toponymique en ligne de la Ville de Québec, ce bois s’étend alors du chemin Saint-Louis, près du parc du Bois-de-Coulonge actuel, jusqu’à la route de l’Église à Sainte-Foy. La forêt qu’il traverse prend naturellement le nom de Bois Gomin.

Une semaine plus tard, le 14 mai, le Quotidien ne parle plus de Turcs, mais de Bohémiens. La colonie de Bohémiens, qui s’est établie depuis quelque temps sur la route Bell [cette route, ouverte au milieu du 19e siècle, prendra le nom d’avenue Saint-Sacrement en 1943] et Ste-Foye, a vu son nombre grossir d’une unité depuis son arrivée à Québec. Un nouveau-né a été baptisé samedi [le 11 mai] à l’église du faubourg St-Jean.

Par la suite, nous perdons la trace de ces Turcs ou Bohémiens. Qu’est-il donc advenu de cette petite communauté ? Mystère. Chose certaine, on ne peut s’empêcher de penser au beau texte de Guillaume Apollinaire (1880-1918), Les Saltimbanques, publié en 1913 dans son recueil de poèmes, Alcools.

Dans la plaine les baladins

S’éloignent au long des jardins

Devant l’huis des auberges grises

Par les villages sans églises.
 
Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant
Chaque arbre fruitier se résigne

Quand de très loin ils lui font signe.
 
Ils ont des poids ronds ou carrés
Des tambours, des cerceaux dorés

L’ours et le singe, animaux sages

Quêtent des sous sur leur passage.

 Yves Montand chante ici ce texte.

 

Ci-haut, L’Homme à l’ours, tout petit santon de sept centimètres, peint à la main, provient de la fabrique provençale Le Moulin à huile.

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