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La neige d’avril

Le 8 avril, hier

Nous la connaissons fort bien ici au Québec. Le romancier, nouvelliste, essayiste américain, Rick Bass, la nomme.

À peine la neige a-t-elle disparu qu’elle revient. Avec une duplicité exaspérante, elle ne cesse de s’en aller pour réapparaître. Les cercles de terre noire qui se sont lentement formés à l’abri des branches, au pied de chaque arbre — parfois il se sont fait attendre pendant six mois —, disparaissent à nouveau en un soir ou une nuit. Rien qu’une heure suffit, parfois même moins, pour qu’ils soient recouverts par le silence des flocons.

C’est une illusion, bien  sûr — il ne s’agit la plupart du temps que d’une légère couche de neige mouillée qui recouvre les bois, et qu’elle ait trois ou trente centimètres de profondeur n’y change rien : elle ne tiendra pas. L’épiderme de la terre se réchauffe sous la lumière croissante des jours de plus en plus longs : elle va bientôt se débarrasser de la neige comme on retire un manteau, et au fur et à mesure que la température monte, on entend partout dans les bois les murmures et les gargouillis de l’eau vive. En quelques jours, les cercles noir vont se reformer, comme si leur disparition  précédente sous la nouvelle couche de neige n’était qu’un tour de passe-passe de mauvais gout, une plaisanterie ou une farce.

Mais même si on le sait parfaitement, c’est difficile à accepter pour des êtres aussi visuels que les humains. Peu importe si au fond de vous la logique vous invite à comprendre que ce n’est pas un véritable retour de l’hiver, la partie visuelle en vous se met à penser : Putain, on se croirait encore en janvier !

 

Rick Bass, Le journal des cinq saisons, Paris, Gallimard folio, 2011, p. 190s.

3 commentaires Publier un commentaire
  1. Hélène #

    L’hiver est un danseur incertain de ses pas…

    9 avril 2018
  2. Clovis Paquin #

    Chez mes voisins Attikameks, il y a six saisons. Celle qui débute l’année, c’est Sikon, mars et avril, la saison du sirop et du sucre d’érable, dans les belles montagnes de Manouane.

    20 mai 2018
  3. Jean Provencher #

    Merci, merci.

    20 mai 2018

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