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Du voyage de Chateaubriand en Amérique

Il y a longtemps, si longtemps que je ne me souviens plus du moment, j’achetai le Voyage en Amérique de François-René de Chateaubriand, un vieil ouvrage publié à Paris en 1870.

Ce fut un cadeau que Cédulie Venière (née en 1854) fit à Villebon Garant (né en 1853). Le couple se maria à la paroisse Saint-Roch de Québec le 8 septembre 1875. Ils auraient eu deux enfants : Marie-Louise (1891-1970) et Gustave Garant (1894-1977). Dans ma copie, Cédulie a rédigé cette dédicace :

Vous répondre est embarrassant

Tâchez de deviner vous-même

Car je n’oserais vraiment

Vous dire combien je vous aime.

 Cédulie

 

Et dans la marge de la page suivante, elle écrit, toujours au plomb : I love you.

Plein de charme ce livre.

* * *

Cet ouvrage de Chateaubriand (1768-1848) s’apparente à ceux de deux personnages sans doute tout aussi connus que lui à cette époque, Alexander von Humboldt (1769-1859), naturaliste, géographe et explorateur, et Henry David Thoreau (1817-1862), philosophe poète et naturaliste.

Certaines pages de l’écrivain français en Amérique me ramènent à ces deux derniers. Une partie de son ouvrage a pour titre « Journal sans date ». On dirait du Humboldt ou du Thoreau. Ces trois auteurs trouvent leur place dans la nature et en témoigne. Voici deux extraits de Chateaubriand :

Liberté primitive, je te retrouve enfin ! Je passe comme cet oiseau qui vole devant moi, qui se dirige au hasard, et n’est embarrassé que du choix des ombrages. Me voilà tel que le Tout-Puissant m’a créé, souverain de la nature, porté triomphant sur les eaux, tandis que les habitants des fleuves accompagnent ma course, que les peuples de l’air me chantent leurs hymnes, que les bêtes de la terre me saluent, que les forêts courbent leur cime sur mon passage. Est-ce sur le front de l’homme de la société, ou sur le mien, qu’est gravé le sceau immortel de notre origine ? Courez vous enfermer dans vos cités, allez vous soumettre à vos petites lois […]

* * *

Une heure du matin

 Voici le vent ; il court sur la cime des arbres : il les secoue en passant sur ma tête. Maintenant c’est comme le flot de la mer qui se brise tristement sur le rivage.

 Les bruits ont réveillé les bruits. La forêt est tout harmonie. Est-ce les sons graves de l’orgue que j’entends, tandis que des sons plus légers errent dans les voûtes de verdure ? Un court silence succède ; la musique aérienne recommence, partout de douces plaintes, des murmures qui renferment en eux-mêmes d’autres murmures ; chaque feuille parle un différent langage, chaque brin d’herbe rend une note particulière.

 Une voix extraordinaire retentit : c’est celle de cette grenouille qui imite les mugissements du taureau. De toutes les parties de la forêt, les chauves-souris accrochées aux feuilles élèvent leurs chants monotones : on croit ouïr des glas continus, ou le tintement funèbre d’une cloche. Tout nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie.

 

F. de Chateaubriand, Voyage en Amérique, Paris, Michel Levy Frères, Éditeurs, 1870.

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