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Des questions d’aujourd’hui que nous nous posions déjà hier

La presse québécoise de 1880 à 1910 réserve des surprises.

Nous découvrons parfois qu’on fait montre de nouvelles façons d’approcher la vie, espérant sans doute aller plus loin dans notre compréhension du monde.

Mais, malheureusement, la démarche n’a pas de suite, tourne court. Contrairement à aujourd’hui, personne n’est là pour prendre la balle au bond et chercher à aller plus loin. Tout n’est simplement qu’éclair.

Voyez ce billet non signé sur « La musique chez les animaux », mais qui ne nourrit pas la curiosité d’un autre interlocuteur-chercheur.

Un journal anglais nous donne des détails assez curieux concernant des expériences faites récemment au « Zoological Garden » de Londres, relativement à l’effet que produit la musique sur les animaux.

Un matin, et tandis que les ours dormaient encore profondément, un violoniste s’installa sur le pont qui se trouve au-dessus de leurs cages et se mit à jouer de son instrument. Le plus jeune des ours, s’étant éveillé, se dirigea lentement du côté d’où partaient les sons, s’en approchant le plus possible pour écouter.

Le violoniste était à environ dix pieds [un peu plus de 3 mètres] au-dessus du sol où sont les cages, et l’ours faisait entendre quelques petits grognements doux, mais assez peu distincts.

Puis, comme le violoniste se mit à jouer avec plus de force, l’ours se leva de nouveau sur ses pattes de derrière, passant celle de devant et son museau en dehors des barreaux de la cage.

Le musicien descendit alors devant la cage, en jouant toujours, et l’ours, s’asseyant le plus près possible de lui, passait ses pattes entre les barreaux, comme s’il voulut prendre l’instrument. Ce ne fut que lorsque le violon cessa de se faire entendre que l’ours s’éloigna des barreaux pour aller se rafraîchir dans l’auge remplie d’eau.

Les deux ours, au premier accord de l’instrument, s’étaient également levés, s’étaient mis à écouter avec l’attention la plus comique, et tous deux debout, passaient aussi pattes et museau entre les barreaux de la cage.

À un faux accord fait à dessein, ils reculèrent vivement au fond de leur cage, comme effrayés, puis le violoniste ayant joué une marche, ils se mirent à marcher de long en large en réglant leurs pas sur la mesure.

Chez les lions, l’effet fut identique ; tous s’approchaient le plus possible de l’instrument, l’un d’eux balançait, comme en mesure, la touffe de poils noirs qui termine sans longue queue ; une lionne vint le pousser pour lui prendre sa place afin de s’approcher davantage du violoniste.

Chez les loups, l’effet est tout différent ; la musique les effraye. Le loup commun levait son dos et grinçait des dents de la plus hideuse façon. Le loup indien paraissait en proie à la plus lâche terreur, tremblant, le poil hérissé, rampant sur le ventre et se sauvant tout au fond de sa cage.

Les chacals et les renards sont moins effrayés que les loups.

Les brebis, au contraire des loups naturellement, paraissaient charmées et cessaient de brouter pour écouter le violon.

Un éléphant d’Afrique ne parut pas du tout goûter le talent de choix de morceaux qu’il jouait ; battant des oreilles, levant et agitant sa trompe, il se mit à hurler et à siffler comme une locomotive, poussant les barreaux avec sa tête. Il donnait tous les signes possibles de sa crainte et du déplaisir.

Mais c’est surtout chez les singes que la musique cause le plus d’étonnement et d’excitation. Les gros singes étaient plus effrayés que charmés.

Un jeune ourang outang tourna tout de suite le dos au musicien et alla se réfugier tout au fond de sa cage. Un autre écoutait gravement, les mains croisées et, à un crescendo, fit entendre une remarque parfaitement articulée que Darwin aurait peut-être comprise.

Tous, ainsi du reste que les autres animaux, semblent véritablement effrayés par les faux accords.

 

Le Franco-Canadien (Saint-Jean-d’Iberville), 10 novembre 1892.

Un jour, j’ai gardé à ma campagne le chien labrador d’un de mes frères. À l’occasion d’un moment de pause, assis sur le bord de la galerie, le chien à mes côtés, j’entreprends de jouer à l’harmonica Un Canadien errant. Le chien se met à émettre une plainte. Et bientôt, il s’éloigne, incapable de supporter le son de l’harmonica.

Sur la connaissance des animaux aujourd’hui, dont nous sommes à l’occasion, voir cet ouvrage. Majeur.

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