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Pour défricher dans les terres de roche

Au pied des Appalaches, par exemple, sur la rive sud du Saint-Laurent. Rien de mieux que « la bûche ».

Elle a son histoire elle aussi !

C’est en juillet. Il fait chaud à mourir. Un « habitant » pas trop vaillant, est en train de sortir, à la chaîne, du bois de la forêt.

Soudain, son attelage — deux bons grands bœufs — piqué par ces mouches qui rendent folles toutes bêtes à poil, prend la clef des champs. Dans sa course, il traîne derrière lui, un arbre, à sa longueur… très mal énoeudé.

Et le pauvre arbre s’en va, tournoyant de tous côtés, arrachant souches et cailloux, renversant buttes et treillis, déchirant, déchiquetant talle de porcs-épics, de sac-à-commis ou de fougères.

Pâmé de rire, notre brave homme regarde tranquillement, faire ce beau carnage, rêvé par lui depuis si longtemps. Car, souventes fois, il disait à ses amis : « le bon Dieu, qui a mis tant de roches dans sa terre, doit m’avoir donné assez de génie, pour les arracher autrement qu’avec mes mains ».

Ses bœufs échappés et… les mouches piquantes venaient de lui en fournir le moyen. Il avait son affaire. La bûche était inventée.

* * *

Il prit alors une bûche d’érable, de dix pieds de longueur, et de dix pouces de diamètre, au petit bout, qu’il encercla avec une lame de fer, d’un pouce de largeur. Il y fixa aussi en sens inverse, et en forme de croix, deux autres fortes lames de même métal, servant à retenir une puissante virole, pivot essentiel de sa herse-bûche.

Puis, avec une terrière d’un pouce et quart, il y perça 24 trous de sept pouces de profondeur, dans lesquels il enfonça, à coups de masse, 24 fiches d’acier trempé, de quinze pouces de longueur, fabriquées avec des vieilles perches de charrues et de vieux essieux d’auto. Il leur donna une pente d’un pouce.

Depuis lors, dans cette région de la rive sud du St-Laurent, les cultivateurs, qui ont des terres dures à faire, se fabriquent à qui mieux mieux des bûches de toutes formes et de toutes dimensions, qui leur sont très utiles.

* * *

Elles servent à érocher la terre neuve avant de labourer, à arracher les racines des souches, les corps morts, à briser les formidables treillis formés dans la terre oar certains arbrisseaux vivants, comme le sac-à-commis, etc… à aplanir les terrains buttonneux, à rafraîchir les pacages permanents non labourables, et à plusieurs autres fins.

Autre avantage : le Trust n’a pas encore mis la main dessus ! Ça peut venir… Dépêchons-nous donc à nous confectionner de bonnes bûches, avant que le monopole ne s’en soit emparé.

Pierre Beaulac.

Courtoisie : La Terre de chez-nous

 

La Petite École, Organe officiel de l’Association des institutrices séculières rurales de la Province de Québec, Montréal, 8e année, No 10, juin 1935, p. 280.

La photographie de Jean Parrot prise en 1950, le défrichement dans un brûlé de l’automne 1949, est déposée à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec, Fonds ministère de la Culture et des Communications, Office du film du Québec, Documents iconographiques, cote : E6,S7,SS1,P77727.

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