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Les coulisses d’un cirque (second de deux articles)

elephants tirant un char de cirque a montrealHier, nous allions voir le cirque, mais derrière la scène. Il est bien rare que cela nous soit permis. Mais La Patrie du 18 juillet 1908 nous en donne l’occasion. Poursuivons donc notre visite.

La ménagerie

La partie la plus curieuse d’un cirque est la partie réservée à la ménagerie. C’est aussi bien celle où il est le plus difficile de pénétrer; car pour comprendre et retenir ce qu’ils ont appris, les animaux doivent voir peu de monde. Seul le maître doit s’occuper d’eux, les caresser, les nourrir et les promener.

Quelles bêtes n’a-t-on pas dressées depuis le chien et le singe, remarquablement intelligent et à qui l’on arrive à faire jouer de véritables pantomimes, jusqu’au lion, roi du désert ? Dans l’ordinaire, ce sont les meilleurs animaux du monde, jouant avec le balai qu’on passe entre les barreaux de leur cage pour la nettoyer; mais que la fantaisie leur en prenne, ils vous écraseraient d’un coup de patte.

Après le monstrueux, le minuscule. Voici un cirque qui tient tout entier, pensionnaires et matériel et accessoires, dans une boîte capitonnée de velours. C’est le cirque «des puces». Pour les repas, le dompteuse les fait manger sur son bras […].

Le recrutement du personnel du cirque

Quand nous étions tout petits, on nous disait que ces gens de cirque étaient des enfants volés à leurs parents. Mais il n’est rien de cela. Le personnel d’un cirque se recrute par voie d’annonces dans des journaux spéciaux publiés dans les grandes villes des deux continents.

Qu’on en juge : «Miss Lizzie, Clifton, tours d’adresse et de gaieté, sera libre pour Noël.» D’autres sont plus emphatiques : «Succès ! Succès ! à Paris, à Londres, à Berlin, à Melbourne, à New-York, à Chicago. Succès ! Succès ! Nouveau et excentrique !» Vient ensuite le nom du sujet répété en colonnes serrées trente ou quarante fois de suite.

Certaines de ces annonces sont plus comiques : «Mistress Harvey, mère de la belle et célèbre Sarah Wilson, montreuse de chats savants, prévient messieurs les directeurs des deux mondes que l’engagement de sa fille est renouvelé pour six mois au grand théâtre-cirque de Chicago. Elle reçoit dès à présent les offres pour une époque ultérieure.»

Enfin, il y a les parents qui ont eu le bonheur de donner le jour à des monstres. «Un père de famille offre à messieurs les directeurs un bel enfant de quatorze ans qui a trois bras, dont un au milieu du dos, et un œil sur le sommet du crâne; phénomène unique et sensationnel.»

Le cirque en voyage

Les grandes tournées des cirques nécessitent, comme on se l’imagine bien, des frais énormes et des convois extraordinaires. Le cirque Barnum venait à Montréal avec un convoi de soixante à soixante-dix wagons qui contenaient tout.

C’est le domicile roulant de la tribu, domicile roulant dont chaque wagon a 60 pieds de long [18 mètres]. Chaque tigre y a sa cage, chaque éléphant son étable. S’imagine-t-on un accident de chemin de fer mettant en liberté sur la voie toute cette ménagerie ? De luxueux sleeping-cars sont réservés à l’administration. Le wagon de la publicité est encore le plus extraordinaire : on l’envoie devant les autres, afin de préparer le terrain par la réclame. La colle des affiches s’y fabrique dans de vastes marmites pendant que le train roule.

Des drapeaux épinglés sur un plan de chaque ville marquent les endroits où devront être collées les affiches; on dirait d’un plan de campagne en temps de guerre.

En arrivant dans une ville, tout le cirque campe. C’est un camp où grouillent cinq ou six mille personnes, s’étend devant nous et dresse ses constructions au milieu d’une plaine où, le matin encore, il n’y avait rien. On piétine sur un épais lit de paille, et, tout autour de l’enceinte, brûlent des torches, en déroulant au-dessus de leurs flammes rouges de longues spirales de fumée. L’œil enfin s’habitue aux aspects nocturnes de cette ahurissante ville foraine.

Il y a là cinq cents chevaux, dans une écurie de 900 pieds de long ! Sous une autre tente, il y a cinquante chariots où les fauves, tigres, lions, panthères, etc.; une douzaine de chameaux à terre ruminent gravement; trente éléphants barrissent, la trompe levée, et lance leur cri effrayant, rauque comme un appel de cuivre.

Il y a enfin une troisième tente près de trois fois plus grande : elle peut contenir 10,000 spectateurs.

Une discipline toute militaire règle les mouvements dès qu’un numéro est terminé; les accessoires qui ont servi à un artiste sont emballés, roulés et remportés à la gare. Les éléphants, sitôt leurs exercices finis, repartent vers le train, conduits par leurs cornacs. Les tentes accessoires sont abattues, pliées, chargées, alors que le spectacle dure encore dans la tente centrale; tout disparaît comme une vision fantastique et s’en va sur cent charriots et trente fourgons traînés par 204 chevaux de trait.

À une heure du matin, trois heures après la représentation, il ne reste plus un clou sur le terrain de 100,000 pieds carrés occupé tout à l’heure par le personnel et le matériel. […] On voit quelles merveilles d’organisation doit réaliser une pareille entreprise; elle fait partout l’admiration des spécialistes.

 

Source : La Patrie (Montréal), 18 juillet 1908.

L’illustration d’éléphants tirant un char de cirque à Montréal vers 1910 provient du Musée McCord, cote : MP-1989.15.11.

On trouvera la première partie de cet article ici même.

À quand une grande histoire québécoise du cirque ?

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