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L’aventure du printemps

glacesurlefleuveAu Québec, qui habite au sud du fleuve Saint-Laurent, le long d’un de ses affluents, est appelé, à l’occasion, à vivre une véritable aventure quand survient le printemps. Il faudrait un bien grand livre pour raconter l’histoire de l’eau, au printemps, dans cette région québécoise.

À la frontière méridionale du Québec, la température printanière est généralement plus douce qu’au nord et on assiste au dégel de la couche de glace sur les rivières. Et elles sont nombreuses à se mettre à couler vers le Saint-Laurent : le Richelieu, la Yamaska, la Saint-François, la Nicolet, la Bécancour, la Gentilly, la du Chêne, la Chaudière et l’Etchemin. Mais il y a résistance en amont, car le tapis de glace de ces rivières est toujours en place à cet endroit. Et, alors, surviennent les si fréquents épisodes d’inondation, certains plus tragiques que d’autres.

La grande «purgation» d’avril 1865 fut la pire de toutes. Le Canadien du 15 avril de cette année-là affirme que toutes les maisons des habitants des îles du lac Saint-Pierre, en plein centre du fleuve, avaient été emportées et que «20 ou 25 personnes, en partie femmes et enfants, avaient trouvé la mort au milieu des flots». Je n’ai jamais lu de rapport officiel sur le nombre de morts relatives à cette tragédie. Mais un lecteur de La Patrie en 1903, dans un article sur le lac Saint-Pierre, affirme que l’événement fit 28 morts.

Les rivières causent problème aussi au printemps 1883. Voyons le numéro du 17 avril du bi-hebdomadaire Le Sorelois.

D’abord parlant de la rivière Yamaska, le journal écrit :

Vendredi dernier, la débâcle s’est opérée sur cette rivière dans les conditions les plus désastreuses. Tout en craignant une forte inondation, les habitants des localités que traverse l’Yamaska ne s’attendaient nullement au désastre qui est venu fondre sur eux à l’improviste.

C’était dans l’avant-midi et chacun vaquait, comme d’ordinaire, à ses affaires, quand soudain un bruit terrible, semblable à une tempête qui se déchaîne, se fit entendre en amont de la rivière. Soulevée par les eaux, qui étaient d’une hauteur considérable, la glace se mettait en marche avec fracas, brisant tout sur son passage, entraînant tout ce qui lui faisait obstacle. […]

Toutefois, comme de nombreux affluents convergent vers le lac Saint-Pierre, que forme le fleuve entre Trois-Rivières et Montréal et où on retrouve de nombreuses îles, la situation fut pire pour les insulaires du lac.

De mémoire d’homme, écrit Le Sorelois, jamais le niveau de l’eau ne s’est élevé aussi haut avant la débâcle. À Ste-Anne (Chenal du Moine) et dans les îles du lac St-Pierre, l’eau commence à pénétrer dans les maisons. Les familles ont été obligées de se réfugier dans les greniers et elles n’ont aucune communication avec la terre ferme. De grandes et fortes plates-formes ont été érigées pour les animaux. Rien de plus triste à contempler que ce spectacle ! Les maisons disparues à moitié dans l’eau; ces visages effarés qui se montrent aux lucarnes des greniers; les beuglements de tous ces animaux que leur instinct avertit de l’approche du danger; ces glaces qui s’amoncèlent en immense quantité et forment un remblai inaccessible, tout cela serre le cœur et fait craindre une répétition de la terrible catastrophe de 1864 [le journaliste a déjà oublié que cet événement s’est alors passé en 1865].

Trois jours plus tard, le 20 avril 1883, le journal de Sorel écrit : «Les habitants de Ste-Anne et des îles sont toujours dans la même position. Quelques-uns ont transporté leurs familles et les animaux sur la terre ferme, mais un grand nombre demeurent encore dans leur maison.»

Le 24 avril, Le Sorelois ne dit mot du sort des habitants des îles du lac Saint-Pierre, signe peut-être que la situation est maintenant moins dramatique. Trois jours plus tard, le journal ajoute : «La glace du fleuve en haut de Sorel a commencé à descendre hier après-midi et n’a cessé de marcher jusqu’à hier soir. Elle s’est arrêtée à l’entrée des îles et, ce matin, le fleuve est rempli de glace d’un bord à l’autre. On espère cependant que le fleuve sera libre d’ici à dimanche et que des bateaux monteront à Montréal lundi matin.»

Le printemps ? Une véritable aventure pour certains.

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