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Contribution à l’histoire du 1er avril

«Oui, mon cher, me direz-vous. Mais rendez-vous compte que vous êtes 24 heures en retard.» Je sais, je sais. Mais je vous écris en soirée, le 1er avril, et je viens de trouver ces dires à l’instant dans le bihebdomadaire Le Sorelois, publié à Sorel, bien sûr. L’article non signé, ayant pour titre «Chronique d’avril. Le 1er avril», paraît le 9 avril 1880.

Comme le 14 février, jour de la St-Valentin, le 1er avril apporte lui aussi son avalanche de petits billets doux, amers quelquefois, parfumés toujours. Ces billets, ni à ordre ni promissoires, mais remplis de riantes promesses, sont ordinairement accompagnés d’un petit poisson, soit doré, frais, salé ou sec, suivant la qualité des vers qui le rendent plus ou moins frétillant. On  l’appelle LE POISSON D’AVRIL !

Mes lecteurs me sauront peut-être gré de leur faire connaître l’origine de ce joyeux anniversaire que les enfants attendent avec anxiété pour se livrer les uns les autres à des tours et détours dont ils sont réciproquement les victimes; les amoureux en profitent pour se donner du plaisir et l’occasion d’une déclaration nouvelle, et le vieillard ne reste pas indifférent au souvenir de quelque bonne farce qu’il a pu imaginer et qu’il aime encore à inventer, tout rempli de son expérience passée

Il fut un temps, au moyen âge [à la vérité jusqu’au début des années 1560], où le mois d’avril faisait les honneurs de l’année parce qu’il était chargé de l’ouvrir en vertu de son nom; avril, aprilis, apperire (ouvrir). C’était le jour de l’an d’alors, et il était surtout célèbre parmi les enfants qui attendaient ce jour-là leurs étrennes !

Or le commencement de l’année remonta subitement au 1er janvier [au début des années 1560 donc]. Les enfants avaient trop bien profité des heureux accessoires de ce jour pour en perdre sitôt le souvenir; aussi furent-ils longtemps sans vouloir entendre raison et sans renoncer à leurs droits d’étrennes. Ce que voyant, les parents usèrent d’espiègleries. Ces étrennes se donnaient d’ordinaire dans des plats couverts. On continua d’exposer les vases, mais quand les enfants venaient à soulever le couvercle, ils n’y trouvaient que le vide.

De là, grande déception ! de là les présents d’Avril !

D’autres disent que le proverbe a pris naissance sous Louis XIII, parce qu’un prince de Lorraine, retenu prisonnier dans le château de Nancy, se serait sauvé le premier jour d’un mois d’avril quelconque en traversant la Meurthe à la nage.

Et les Lorrains auraient dit avec infiniment de raison qu’on avait donné aux Français un poisson à garder. […]

* * *

Les Anglais pour désigner ce mot ont une expression bien plus énergique que la nôtre. Ils appellent le 1er avril April’s fool ! La fête de tous les fous !

Au nord de l’Écosse, on l’appelle Goull, ce qui signifie Coucou ! M. Hemmer a trouvé que la coutume de faire courir le poisson d’avril était en honneur chez les indigènes des Indes occidentales; ils appellent cela : Huli feast.

On sait les principales formules des termes du poisson d’avril. La corde à virer le vent est en honneur. À Paris, on donne ordre aux Étudiants d’aller acheter un Dictionnaire des arrêts futurs. Aux commis, de l’huile de colret (ce qui veut dire : coups de bâtons); aux jeunes lions, des moules à gants (c’est-à-dire des tappes).

Le meilleur est celui de Rabelais. Il voulait aller à Paris le 1er avril et il était à Marseille sans argent. Il se fait des paquets de poudre, avec indication que c’était pour empoisonner la famille royale, et cache l’objet à demi sous le titre de Poison. On le découvre bientôt; la justice l’arrête et on le conduit à Paris; et montrant l’s qu’on n’avait pas saisi de poison à poisson, il leur crie : Poisson d’Avril !

Il avait fait le trajet de Marseille à Paris sans payer. Et le tour est fait, et, depuis ces jours, le Canada, qui a hérité de toutes les anciennetés, les a conservées, et le poisson d’avril pour nous est devenu une époque que nous aimons à nous rappeler et dont nos enfants profitent pour nous faire toutes sortes d’espiègleries.

 

Ce matin, le cordonnier de ma cordonnerie de quartier me disait que sa fille de six ans venait de partir pour l’école avec toute une provision de poissons d’avril.

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